
On disait que la révolution numérique allait changer le visage de l’Afrique, mais force est de constater qu’on est loin du boom annoncé. Plusieurs problèmes freinent cette révolution, car les africains sont affamés de connaissances et de communications, mais on leur met systématiquement des batons dans les roues.
Des opérateurs mafieux
A partir de l’année 2008, on a vu de nombreux projets pour connecter l’Afrique à la fibre optique, et on espérait que cela allait doubler la bande passante, favoriser l’emploi et créer de nouveaux services. Les tarifs ont été revus légèrement à la baisse, mais le reste est identique et même que cela a empiré. Les principaux coupables sont les opérateurs sur place qui jouent sur le manque de transparence pour imposer ce qu’ils veulent aux consommateurs. On n’a aucune idée du tarif pour la seconde de communication et du mégaoctet de donnée. Ces opérateurs utilisent la tactique du package qui comprend une périphérique et quelques minutes de connexion. Les bénéfices sont monstrueux tandis que la qualité est totalement absente.
Les gouvernements ont un rôle à jouer en faisant pression sur les opérateurs pour qu’ils cessent leurs pratiques douteuses, mais de nombreux cas nous montrent que les membres du gouvernement sont actionnaires de ces mêmes sociétés… Quelques personnes ont compris l’importance du marché africain, notamment dans l’internet mobile, et ils font tout pour garder leur monopole. La concurrence est détruite par de prétendues lois et on force les investisseurs à partir. Les consommateurs ne possèdent pas d’association où ils peuvent se regrouper pour porter plainte. On ne compte plus les forums et les blogs qui se plaignent de la mauvaise qualité du service et le fait que le service technique n’existe quasiment au sein de ces sociétés.
Le strict minimum
Mais le pire est qu’on vend aux africains un internet du Moyen-âge. La plupart des services qui font la richesse du web tels que la vidéo, la musique en streaming ou les jeux en ligne sont inaccessibles à cause d’une bande passante aussi maigre qu’une allumette. Les opérateurs utilisent l’artifice d’offrir plusieurs services inutiles pour cacher cette fraude, car il s’agit bien de cela. On ne doit pas oublier que le client signe un contrat avec son opérateur, et ce contrat garantit une vitesse minimale et maximale de la connexion. Mais on peut voir dans tous ces contrats qu’on affiche simplement la vitesse maximale telle que jusqu’à 512 kpbs/s ce qui signifie qu’on peut avoir 0kpbs/s et que l’opérateur ne sera pas en faute. Cette manque de transparence existe dans de nombreux domaines et le consommateur ne peut que courber l’échine, car tous les concurrents utilisent les mêmes pratiques.
De nombreuses universités américaines offrent des cours gratuits tels que le site http://ocw.mit.edu qui possède des cours complets en texte et en vidéo du M.I.T (Massachussets Institut Technology), l’une des meilleures au monde ! Pourtant, ces supports sont inaccessibles à la majorité, car il faut des heures sinon des jours pour télécharger une seule matière. L’Afrique a besoin de ce Web là, et non des connexions illimités à une merde comme Facebook qui laissent les gens dans la médiocrité. L’Afrique regorge de gens compétents, mais le résutat de cette politique désastreuse est que ces cerveaux partent ailleurs ce qui baisse encore plus les chances d’avenir du continent. A quoi nous servira une très bonne connexion internet s’il n’y a plus de personnes pour développer des services propres à l’Afrique ? Un autre problème est le paiement en ligne qui a du mal à décoller dans certains pays. Des entreprises comme Paypal sont inexistantes alors que cela offrirait de nouvelles perspectives aux africains. Ils pourraient développer leurs propres entreprises, car les financements seraient plus faciles. Comment créer quelque chose lorsqu’un virement de 25 euros nécessite une commission de 35 euros ?
Le manque de formation
Enfin pour couronner ce triste tableau, on a un manque de formation flagrante. Les gens ont des centaines d’outils à leurs disposition, mais ils ne savent pas comment l’utiliser. Une lectrice d’Afrique du Sud m’a écrit une fois pour me demander comment s’inscrire à Blogger… Cette lectrice était enseignante dans une université. Le problème est qu’on plonge les gens dans le bain numérique sans demander s’ils savent nager dedans. Il faudra des années pour résoudre tous ces problèmes, mais on dirait que les gouvernements et les responsables ont tendance à sauter les étapes. Ils nous bombardent d’appelations publicitaires tels que 3G ou 4G alors que le fond reste despérement vide. De plus, l’accès à la connexion n’est réservée qu’à une classe privilégiée, car un abonnement illimité coute 45 % du salaire mensuel d’un ouvrier. Est-ce que vous croyez qu’il ne va pas bouffer pour se connecter au Web ? Arrêtons de nous voiler la face, l’Afrique est le continent le plus à la traîne dans la révolution numérique, et le pire est que certains font tout pour perpétuer ce retard !
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